The Ovahimba Years
A Transmedia Ethnography in Namibia and Angola
Petite Rina
Les années Ovahimba
Une ethnographie transmedia en Namibie et Angola

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Journal d'une lycéenne en voyage au pays Ovahimba…

Le jeudi 15 juillet 1999

J'attends un « lift » pour aller à Opuwo, je vais peut-être enfin rencontrer Rina Sherman et aller à Etanga avec elle. Une voiture arrive, juste quand je cuisine évidemment, même pas le temps de dire au revoir à Philippe, j'enfourne mon bazar à l'arrière et c'est reparti.

Je vais direct chez Jacques pour savoir si Rina est venue, j'en profite pour m'offrir le restau. Il ne l'a pas vue évidemment, mais il est encore tôt donc je ne me décourage pas, et je vais m'installer à la station essence pour faire du stop. J'ai attendu de douze heures à dix huit heures.

Heureusement, les pompistes sont sympas, ils m'aident à demander au peu de gens qui s'arrêtent dans quelle direction ils vont, on discute, ils m'offrent du pop corn, je leur donne un coup de main en faisant dégager les enfants qui jouent au milieu quand une voiture arrive. Pour passer le temps, j'ai fait un concours de dessin avec les gamins, puis on a joue au foot sur le carré de béton de la pompe à essence, on a bien rigolé.

Je suis toujours assise dans la poussière, la lumière décline devant moi et donne aux visages cette teinte d'or que j'aime tant. A cet instant l'attente se fait d'une volupté intense. J'ai cette musique lancinante et triste, échappée du ventre doré d'un saxo, qui méandre dans mon esprit ; c'est cette musique du film 37°2 le matin, je la superpose à l'impression bleue que me confèrent les couleur, les formes, la lumière à cet instant. Je crois que je divague un peu !

A dix heures, un très gros camion arrive à la station, le pompiste me dit qu'il va à Etanga. Je hisse mon gros sac à l'arrière, je grimpe pour le rejoindre avec un geste de victoire qui donne lieu à de grands éclats de rire, (geste que je regretterai d'ailleurs parla suite), je suis soulagée.

Le camion démarre, la poussière vole. J'ai les cheveux au vent et la sensation d'être une héroïne de roman. Ma joie retombe vite quand je m'aperçois que l'on s'enfonce dans les ruelles du "bidonville" d'Opuwo ! On s'arrête chez le chauffeur, qui tient un bottlestore. Je me rends compte que l'arrière du camion est, sous les couvertures, rempli de bouteilles d'alcool en tout genre. Me voilà embarquée avec un des trafiquants angolais dont Tom et Lis m'avaient parlé.

Première angoisse, mais il est trop tard pour reculer.

J'attends, ça fait une heure que j'attends maintenant, le temps qu'ils chargent (le chauffeur et son assistant) leur matériel. Enfin, c'est le départ, on me prie de monter à l'avant cette fois, je me fais toute petite en me disant que ça va aller.

En fait les deux hommes sont très gentils, surtout le chauffeur qui prend un air paternaliste avec moi. La seule chose qui me fasse peur est le fait qu'il engloutisse des litres et des litres de bières en conduisant d'autant que la piste est très mauvaise, qu'il fait nuit et qu'il va falloir tenir cent cinquante kilomètres comme ça ! On a mis quatre heures trente pour atteindre Etanga. Il faisait nuit noire et on a jamais pu trouver le camp de Rina.

Je suis fatiguée, énervée et je sens la peur qui monte en moi. Je suis seule, il n'y a que des hommes avec moi, j'ai envie de m'enfuir en courant. Ils décident que je vais dormir dans le bottlestore à l'entrée d'Etanga. Cette idée me panique complètement, je les supplie de me laisser, les larmes commencent à me brûler les yeux, je me contrôle, je respire, les choses tournent à cent à l'heure dans ma tête...

Le chauffeur est très embêté, il me propose de rester dormir là cette nuit et de continuer sa route demain, pour veiller sur moi. Je hoche la tête, honteuse et presque soulagée à la fois. On entre dans l'arrière salle du bar, il y a trois hommes et une femme assis en cercle autour d'une bougie et de cadavres de bouteilles de bières. La lueur de la chandelle lance de grandes ombres mouvantes sur les murs sombres, l'ambiance est glauque, inquiétante. Je suis toute petite, j'ai voulu jouer à la grande aventurière et maintenant je suis de nouveau au bord des larmes. C'est la première fois que j'ai vraiment peur depuis que je suis partie. Je déteste les regards lubriques que me jettent ces hommes, leurs mains baladeuses commencent à s'approprier mes cuisses et auraient sans doute poussé plus loin cette exploration douteuse si la fille et le chauffeur ne m'étaient pas venus en aide. Enfin, les hommes dont les haleines révélaient que la soirée avait commencé tôt sont partis et je suis donc restée dans l'arrière boutique avec la fille. J'ai déroulé mon duvet à même le sol bétonné, glacé. Je me suis glissée dedans tout habillée, misérable et ridicule. La fille a soufflé la bougie enfoncée dans le goulot d'une bouteille de bière. Et je n'ai pas pu m'endormir, sursautant et me dressant au moindre bruit.

Finalement, je suis tombée dans un sommeil agité, peuplé de cauchemars morbides.

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